Agréger les colères pour la satisfaction des revendications

« Il n’y a aucun risque de pénurie, 90 % des stations-service n’ont aucune difficulté d’approvisionnement.», assure l’ineffable Maud Bregeon, ministre déléguée à l’Énergie et porte-parole du gouvernement.

La macroniste se rend-elle compte qu’elle ne fait ici que confirmer ce que nous savions déjà ? À savoir que la flambée des prix du carburant n’a rien à voir avec une quelconque pénurie, mais qu’elle a tout à voir avec la spéculation des profiteurs de guerre, notamment TotalEnergies qui a multiplié par quatre ses marges, tandis que le gouvernement continue de pressurer les travailleurs en maintenant un niveau élevé de taxation.

En 2008, au plus fort de son cours, le prix du baril avait approché 150 dollars dans le courant de l’été, mais le prix à la pompe n’avait pas excédé 1,50 €. En 2018, le cours du baril oscillait autour de 70 dollars, lorsque la perspective d’une augmentation du litre d’essence au-delà d’1,40 € avait nourri la puissance du mouvement des gilets jaunes. Aujourd’hui, le cours du baril tourne autour de 80 dollars tandis que prix à la pompe dépasse déjà les 3 € sur les aires d’autoroute.

Plus que jamais, la confédération a raison de revendiquer le blocage des prix du carburant à hauteur d’1,50 €. Car dans le même temps, les salaires stagnent. Nous devrions même dire qu’ils baissent au regard de la vie chère.

L’indice des prix à la consommation est mesuré à 2,4 % pour le mois d’août 2026, mais l’impact réel de l’inflation dans la vie de tous les jours – du moins dans la nôtre – est bien plus élevé :

  • Outre le carburant, les produits frais ont augmenté de 5,8 % en un an.
  • Les prix alimentaires ont augmenté d’environ 20 % en 5 ans, 30 % depuis 2017.
  • Le gaz a augmenté de 120 % depuis 2017 et de 84 % depuis 2022, tandis que l’électricité a bondi de 36,5 % depuis 2017.


Le SMIC rattrape toutes les grilles de salaires, dans le public comme dans le privé. Dans la métallurgie par exemple, les deux premiers niveaux des salaires minima hiérarchiques (SMH) se situent sous le SMIC.

Par la force des choses, la consommation est en berne. L’économie du pays court à la récession. Le nombre de défaillances d’entreprises a augmenté de 5,1 % en un an et des milliers d’emplois sont supprimés. Un million d’emplois industriels ont été supprimés depuis 2000 : c’est le « pin’s Gattaz » à l’envers !

Pourtant, jamais les patrons n’ont bénéficié d’autant d’argent public, boostant leurs dividendes et leurs profits records. Ils perçoivent 211 milliards d’aides publiques sous des formes diverses par an, dont 80 milliards d’exonérations de cotisations sociales … et le taux de chômage dépasse les 8 % !

Mais ils exigent toujours plus. Il suffit de regarder le programme du MEDEF, repris par différents candidats à la présidentielle, du PS au RN : destruction de la Sécurité sociale par la remise en cause du salaire différé, TVA sociale, retraite par capitalisation, désindexation des retraites, nouveau budget d’austérité, etc.

Alors, ils peuvent rire au nez de celui qui revendique des augmentations de salaires, mais nous ne nous laisserons pas marcher dessus sans réagir et nous réaffirmerons nos revendications en toutes circonstances, notamment l’abrogation de la dernière « réforme » des retraites : ni retraites par points, ni retraites par capitalisation.

Le Premier ministre Lecornu vient d’annoncer 54 milliards de nouvelles coupes budgétaires dans le cadre du projet de budget 2027 (nouveau gel du point d’indice, gel des APL, baisse des retraites, attaques contre les droits des travailleurs étrangers…).

L’été a pourtant démontré une nouvelle fois les conséquences dramatiques de la politique de guerre et d’austérité du gouvernement, qui fait le choix des Rafale plutôt que des Canadair. Faute de moyens, les pompiers se sont retrouvés désarmés face à l’ampleur des incendies de Gironde et du Var. Nous n’oublions pas que Macron a fait le choix de réprimer violemment les manifestations des pompiers, comme en 2019, lorsque ceux-ci ont pourtant revendiqué les moyens qui leur ont fait cruellement défaut durant la canicule.

L’Union départementale rend hommage aux quatre pompiers décédés cet été, comme elle salue l’action revendicative de nos camarades FO de Gironde et du Var, ainsi que le courage de la population qui s’est auto-organisée, au grand dam du gouvernement, pour préserver ce qui pouvait l’être.

Dans ce contexte général de dégradation de nos conditions de vie, que pouvons-nous faire ?

La victoire obtenue par les personnels du lycée de Bouaye, qui ont fait une grève inédite en pleine rentrée scolaire pour arracher la création d’une classe, est sans nul doute un encouragement au combat.

Ce 15 septembre, la grève des électriciens gaziers pour le maintien du tarif agent et, à terme de leur statut, a été massivement suivie avec des taux de grévistes s’approchant des 80 %. Dans le même temps, étouffés par les prix des carburants, les marins-pêcheurs sont entrés dans la bagarre pour assurer leur propre survie.

Dans l’unité de leurs organisations syndicales, les pompiers montrent sans nul doute la voie. Face au mépris du ministre de l’Intérieur qui ne tient pas compte de leurs revendications, ils ont décidé de se saisir de la journée intersyndicale de grève dans la Fonction publique le 29 septembre prochain, pour monter à Paris et se mobiliser dès les 26, 27 et 28 septembre.

Plusieurs secteurs, comme les organismes de Sécurité sociale ou France Travail, ont également décidé de se saisir de la grève du 29 septembre et de poser la question de la reconduction en s’appuyant sur des assemblées de grévistes. Dans le cadre d’une alerte sociale qu’ils ont déposée, les camarades FO de la Semitan appelleront à la grève ce jour-là pour opérer la jonction avec les pompiers. Dans certaines entreprises, des camarades discutent avec les salariés de sortir également le 29 pour lutter contre la vie chère et la hausse des prix des carburants.

Dans ce même mouvement, FO va s’implanter dans une usine de traitement des déchets à Carquefou. Les salariés ont décidé de se battre sans attendre pour arracher des augmentations de salaires et un barnum FO sera dressé devant leur entreprise ce 18 septembre. Telle autre section syndicale, dans le secteur des assurances cette fois-ci, a décidé une grande réunion des collègues pour discuter des moyens de lutter pour l’augmentation des salaires. Dans la Santé, FO organise des assemblées générales dans cinq EHPAD du département pour obtenir des effectifs et des hausses de salaires.

Ne soyons pas passifs et prenons sans attendre toutes les initiatives sur nos lieux de travail ; sortons nos chasubles, nos drapeaux, nos banderoles et nos pancartes pour indiquer que nous n’en pouvons plus et que nous ne voulons plus de la vie chère.

Les syndicalistes qui ont revêtu le gilet jaune dès les premières heures du mouvement en 2018 ont eu raison. Ils n’étaient sans doute pas assez nombreux. Ne refaisons pas la même erreur cette année et soyons attentifs, comme nous l’avons été à l’occasion du mouvement « Bloquons tout » du 10 septembre 2025, à ce qu’il pourrait se passer le 17 octobre prochain. Cela est d’autant plus vrai que la colère issue du mouvement sur les retraites n’est pas soldée.

Dans tous les cas, l’Union départementale se tient prête et sera aux côtés de toutes celles et ceux qui œuvreront à agréger les colères légitimes qui s’expriment dans le pays, pour la satisfaction de nos revendications.                                                                     

Par Adrien Leclerc,
secrétaire général de l’union départementale
CGT-Force Ouvrière de Loire-Atlantique

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