« Je crois qu’ainsi l’esprit de concorde pourra nous rassembler. » – Marisol Touraine
La loi Touraine, dite « loi de modernisation du système de santé » est promulguée en janvier 2016. Madame Touraine est ministre de la Santé de 2012 à 2017. Tout le quinquennat de François Hollande. C’est le gouvernement Valls, El Khomri, Macron… émotion !
Les contre-réformes des gouvernements précédents ne sont pas abrogées, ni pour l’Hôpital, ni pour l’École (loi d’orientation Fillon de 2005 qui aggrave la loi Jospin de 1989). Il faut faire des économies, nous dit-on. C’est le traité de Lisbonne approuvé par les chefs d’État en octobre 2007 qui l’exige, en bafouant le vote NON du peuple français en 2005… Les syndicalistes devraient se soumettre ?
À l’occasion de la pré-campagne présidentielle de 2017, les candidats rivalisent d’audace « réformatrice». L’un d’entre eux, plus « radical » que tout le monde, avance le chiffre de 100 milliards d’ « économie* » et la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires. On connait la suite de ses malheurs… pauvre François Fillon…

Alors, rien de changé ?
Tout le monde peut établir aujourd’hui ce constat. Des milliards sont détournés au profit de l’économie de guerre.
Les deux premières cibles sont l’Hôpital et l’École, mais tous les budgets subissent saignées sur saignées : la Justice, la Culture, les collectivités territoriales, etc.
Toutes nos revendications, grandes ou plus petites se heurtent à cette triste réalité.
Il y a dix ans, alors qu’il n’était pas encore question d’« économie de guerre », la Fédération des Personnels des Services Publics et des Services de Santé Force Ouvrière déclarait très justement dans un communiqué :
« Réouverture des lits et augmentation des effectifs : une nécessité urgente !
Les hôpitaux ont subi ces derniers mois une réduction significative de leurs lits d’hospitalisation imposée par les ARS, au nom de la baisse des dépenses d’assurance maladie et du soi-disant développement de l’ambulatoire. De ce fait, il leur est impossible d’accueillir et de prendre en charge correctement les patients. Cette situation est aggravée par l’épidémie de grippe.
C’est aussi le résultat de la réduction de personnels, conséquence du plan triennal d’économies de plus de 3 milliards décidé par le gouvernement pour les hôpitaux. La mise en œuvre forcée des GHT et de la Loi Touraine, conduit les hôpitaux dans le mur.
Face à cette situation inacceptable, dans de nombreux hôpitaux, les personnels avec leurs organisations syndicales se mobilisent comme à Angers, Marseille, Clermont-Ferrand… ou encore à Saint-Nazaire où 90 médecins sur les 140 de l’hôpital ont signé une lettre ouverte à l’ARS pour exiger la réouverture des lits fermés et le renforcement des effectifs médicaux et non médicaux.
Partout les personnels s’opposent à cette situation où le défaut de soins subi par les malades leur fait courir des risques d’aggravation, de complications et de décès. L’attente pendant des heures dans des couloirs sur un brancard loin de toute intimité, est une atteinte non seulement à leur sécurité mais également à leur dignité.
Le 8 novembre 2016, par la grève massive et la manifestation, les hospitaliers ont exigé avec les Fédérations FO, CGT et SUD que cela cesse et que les moyens soient donnés aux hôpitaux pour assurer leurs missions de soins. La réponse du gouvernement a été la publication de la Loi de financement de la Sécurité sociale fin décembre qui continue de s’attaquer aux hôpitaux.
C’est dans ce contexte, à l’occasion de l’épidémie de grippe actuelle, que Mme Touraine dans un communiqué du 21 décembre a demandé aux hôpitaux d’être particulièrement vigilants et d’ajuster leur organisation pour se préparer à accueillir un nombre de patients plus important que d’habitude et déclencher, si nécessaire, leurs plans habituels de mobilisation.
La ministre fait fermer des milliers de lits d’hospitalisation, supprime du personnel hospitalier, et ensuite demande à ces mêmes hôpitaux qu’elle a essorés, « d’être particulièrement vigilants sur leur organisation… ».
Dix ans plus tard, on n’attend plus seulement sur les brancards. Parfois, on y meurt.
La déclaration FO indique à juste titre que les fédérations FO, CGT et SUD n’acceptent pas et que la question de la grève et des comités de grève pour gagner se pose.
Cette question se pose aujourd’hui avec d’autant plus de force que les va-t’en guerre de « gauche », de droite et extrême nous promettent toujours plus de « sang et de larmes ».
Rappelons-nous que Mme Touraine, dans un communiqué du 21 décembre, a demandé aux hôpitaux d’être particulièrement vigilants et d’ajuster leur organisation pour se préparer à accueillir un nombre de patients plus important que d’habitude … à cause de la grippe.
Désormais il faudrait « ajuster » pour accueillir des milliers blessés de guerre !
Notre responsabilité de syndicalistes non domestiqués est claire : tout faire pour aider à la construction de l’action syndicale pour la satisfaction de nos revendications.
C’est vrai dans les services publics comme dans l’industrie.
Sauf à vouloir rechercher une illusoire « concorde », synonyme de mise sous tutelle des syndicats par l’État. La fameuse « concorde » du régime de Vichy.
*Le gouvernement Macron et ses supplétifs pluriels, dont ceux de « gauche », planifie 450 milliards de dépense pour la guerre à l’horizon 2030.

JM. 20-06-2026.